Amplifier- Mystoria

Amplifier_CD-artwork-2014-1024x1024

« Avertissement : contient du pur rock ». Le sticker accolé sur la pochette de son cinquième album confirme qu’Amplifier n’aime pas les étiquettes, du moins au sens figuré. Conceptuel et ambitieux (bref, très progressif) pour The Octopus en 2011, le groupe mancunien s’était fait plus mélodique et léger pour Echo Street deux ans plus tard. L’évolution perpétuelle continue et l’autocollant préventif de Mystoria ne ment pas : cette fois, la bande à Sel Balamir augmente considérablement la dose de « pur rock » pour servir une demi-douzaine de morceaux carrément rentre-dedans, sans doute plus conventionnels dans la forme mais pas toujours moins réjouissants sur le fond. Certains se font vite lassants (« Cat’s Cradle »), d’autres expriment une puissance racée, immédiatement jouissive, durablement addictive (« Bride »). Amplifier apparaît à cet égard comme le digne successeur des Cardiacs et autres Oceansize, seigneurs disparus de l’intelligence explosive (Mystoria a d’ailleurs été enregistré dans le studio gallois qui avait vu naître Frames, chef d’œuvre signé en 2007 par un Oceansize dont le guitariste Steve Durose n’a pas rejoint Amplifier par hasard).

Pour autant, s’il l’a maîtrise magistralement, Amplifier est loin de se contenter de la simple «pureté » d’un rock efficace et direct. Et pour une bonne moitié, Mystoria est régulièrement rattrapé par des accents plus lyriques et/ou alambiqués. Cela démarre dès « Magic Carpet », instrumental d’ouverture au carrefour des meilleurs Rush et Ozric Tentacles, ça continue avec la space-pop du décapant « Open Up », la frénésie déjantée, façon Gong ou Hawkwind post-punk, de « OMG », le crescendo stellaire du final de « Darth Vader »… A la délicatesse feutrée de « Crystal Mountain », succède le déferlement final de « Crystal Anthem », digne apothéose de ce voyage au pays d’un certain « nu-prog », électrique et éclectique, dont Amplifier, bien au-delà des étiquettes, s’impose comme le plus classieux des pourvoyeurs.

Frédéric Delâge