Anathema – We’re here because we’re here

Anathema-We-re-Here-Because-We-re-Here

Anathema varie majestueusement les plaisirs, porté par une inspiration de haute voltige.

On avait perdu un peu de vue Anathema, porté quasiment disparu depuis son (déjà) magnifique Natural disaster de 2003. Privé de label (conséquence direct du rachat de Music for nations par Sony et sa cohorte de chefs de produits sourdingues…), le groupe de frères Cavanagh se fit donc discret, et son avenir plus que jamais incertain. Au point qu’on redouta d’avoir à pleurer la disparition injuste et prématurée d’un des meilleurs groupes britanniques de ce début de siècle.

Et puis, Kscope l’ayant pris sous son aile protectrice, Anathema se fendit en 2008 d’un album de relectures acoustiques d’une poignée de ses titres phare : disque intéressant, mais sans plus. Bref, pour ce véritable nouvel épisode, on pouvait légitimement s’attendre à du tout bon. Mais sûrement pas prévoir un tel monument. Les nostalgiques de la période doom- death- metal du groupe ne doivent pas s’encombrer de faux espoirs, le groupe confirme ici qu’il a définitivement tourné la page des voix gutturales et des riffs plombés. Et si son univers demeure sombre et tourmenté, il hante définitivement des contrées plus atmosphériques que cet album magnifie comme jamais. Sœur du batteur John Douglas et désormais considérée comme membre à part entière, Lee Douglas seconde souvent Vincent Cavanagh au chant, et toujours pour le meilleur. Et puis il y a cette production léchée qui a bénéficié au final du mixage du sieur Steven Wilson (toujours dans les bons coups…), ce qui appuie par endroits intelligemment le cousinage d’inspiration et de couleurs musicales avec Porcupine Tree.

Mais au-delà d’un son puissant, clair et subtil, ce sont bien les qualités intrinsèques, la profondeur et la beauté des compositions d’Anathema qui font de ce huitième album du groupe une totale et éclatante réussite. Dix titres et pas une seule seconde à jeter, avec cette présence, ténébreuse et nostalgique, en fil conducteur. Envoûtant et répétitif (« Summernight horizon », « Everything »), d’un raffinement romantique et aérien bouleversant (« Dreaming night »), épique et mélancolique (« A simple mistake »),  mêlant simplicité, puissance, intensité, crescendo aussi minimalistes que prenants, ambiances éthérées et sens aigu de ces mélodies toute de beauté noire et planante, Anathema varie majestueusement les plaisirs, porté par une inspiration de haute voltige. Laquelle en fait clairement, à l’instar d’autres surdoués tels Opeth ou Oceansize, l’un des fers de lance de cette post-progressive à la fois digne héritière du passé mais dans le même temps inventive, originale, et capable de parler au cœur autant qu’à l’esprit.

Frédéric Delâge