Beardfish – Mammoth

Beardfish- Mammoth

Un délicieux et labyrinthique voyage prompt à combler l’amateur de progressive complexe, positive et viscéralement jouissive.

Au royaume des groupes « vintage » qui savent intelligemment manier les sonorités prog d’antan pour faire jaillir une singulière modernité, Beardfish se pose un peu là. Moins pompeux et démonstratif que Transatlantic, moins lourdingue que le (parfois excellent) Big Elf, ces étonnants Suédois se distinguent par ce mélange de dextérité inouïe et de folie débridée. Une sorte de point de rencontre entre la sophistication précieuse de Gentle Giant et la dérision fiévreuse de Frank Zappa.

Or, après un « Destined Solitaire », leur cuvée 2009, un peu en dedans, revoilà Beardfish au mieux de sa forme sur ce « Mammoth » qui ne doit rien à Depardieu et Delépine mais bien  à une production et à des compos tout simplement énormes.  Seule la trame mélodique un peu faiblarde du premier morceau, « The platform », mérite quelques réserves mais pour le reste, c’est un impressionnant sans faute. Virevoltante, fourmillant d’idées, d’humour, d’énergie, tour à tour sinueuse, légère, planante ou carrément heavy, cette musique pétrie de sons seventies, mellotron, orgue hammond et compagnie, ne tient pas en place. Mais le fait toujours avec une grâce naturelle, une élégance fougueuse. Au final, elle dessine un délicieux et labyrinthique voyage prompt à combler l’amateur de progressive complexe, positive et viscéralement jouissive, pas seulement cérébrale. On pense toujours à Gentle Giant ou Zappa, aussi à Yes, Caravan, King Crimson voire au ELP de « Tarkus ». Mais si Beardfish est inspiré, c’est vraiment dans tous les sens du terme. Et particulièrement sur cet album un poil plus « heavy » et direct que les précédents, et qui ne laisse guère de répit, notamment sur les deux morceaux magnifiés par l’intervention du sax de Johan Holm, le très canterburien « Akakabotu » et l’incroyable « And the stone said if I could speak », tortueux et enthousiasmant quart d’heure monumental.  Beardfish ? Sans aucun doute l’un des tous meilleurs groupes de « prog 70s »  depuis… les seventies.

Frédéric Delâge