Flying Colors – Flying Colors

Flying Colors album

Curieusement, le charme de cette sorte de grand frère américain de Kino ou de It Bites ne culmine réellement que lorsqu’il lorgne du côté des maîtres pop anglais…

En ces temps de concurrence exacerbée, la bonne vieille recette du « super groupe » (faire du neuf avec du vieux, mais que du prestigieux) reste une valeur refuge pour susciter la curiosité par anticipation. Le sieur Bill Evans, producteur de son état, l’a bien compris, en (re)lançant l’idée, qui aura finalement abouti à cette nouvelle entité baptisée Flying Colors. Avec rien moins que Steve Morse (Deep Purple, Dexie Dregs) à la guitare, Dave Larue (Dexie Dregs encore, Satriani) à la basse, Neal Morse (ex-Spock’s Beard, Transatlantic) aux claviers, et Mike Portnoy (ex-Dream Theater, Transatlantic toujours) aux baguettes, Flying Colors était par nature bien né. A ces briscards accomplis du rock ricain tendance prog-fusion-métal, l’on a astucieusement adjoint un jeune chanteur plutôt pop, l’excellent Casey McPherson (Alpha Rev). Sans oublier, à la production, un certain Peter Collins, connu  pour avoir façonné le son d’une poignée de perles de la toute fin du siècle dernier, comme Operation : Mindcrime de Queensrÿche ou bien encore Counterparts et Test for echo de Rush.

Bref, on en a déjà plein la vue avec le simple générique. Reste, quand même, à estimer la musique. Et là, les prog’utopistes qui rêvaient de folles audaces instrumentales ou du moins d’un léger vent de folie devront atterrir illico. A l’image de certains solos un brin « téléphonés », Flying Colors ne prend son envol que dans des cieux déjà maintes fois explorés, et, disons-le, relativement balisés. Mais il le fait avec un tel brio qu’on peut lui pardonner aisément d’avoir laissé en route le goût du risque pour cultiver ce très américain savoir-faire, dextérité haut de gamme, et talent mélodique diablement efficace.

De la pop bluesy survitaminée qui ouvre l’album «(« Blue ocean ») aux 12 minutes de l’inévitable épic progressif final (« Infinite fire », à la pompe renvoyant directement à Transatlantic ou aux albums solo de l’insatiable Neal Morse), en passant par le métal aussi lourd que délicieusement tarabiscoté de « Shoulda coulda woulda », la grandiloquence heurtée et saturée d’un « All falls down » évoquant irrésistiblement la démesure de Muse, ou bien, dans un tout autre registre, le sucre made in USA de ballades comme « Better than walking away » ou « Fool in my heart », Flying Colors révèle en onze tableaux un tempérament puissant, joliment voyageur et intelligemment chamarré. Même si curieusement, le charme de cette sorte de grand frère américain de Kino ou de It Bites ne culmine réellement que lorsqu’il lorgne du côté des maîtres pop anglais (« Love is what I’m waiting for », joyau de l’album, entre les Beatles et le Queen de « Killer queen »). Alléchant sur le papier, Flying Colors se révèle globalement gouleyant dans la platine. Et qu’importe après tout si le menu ne mérite pas le maximum d’étoiles, il devrait suffire à contenter les gourmands, à défaut peut-être de combler tout à fait l’ensemble des gourmets…

Frédéric Delâge