Genesis – 1970-1975 (coffret)

Genesis – 1970-1975 (coffret)

Ainsi, Genesis nous avait gardé le meilleur pour la fin… et c’était le début.

Ainsi, Genesis nous avait gardé le meilleur pour la fin… et c’était le début.
Si la parution, il y a déjà de longs mois, des coffrets respectivement consacrés aux périodes « 1976-1982 » et « 1983-1997 » avait permis de savourer comme jamais la substantifique moëlle des albums des années Collins (« Wind & Wuthering » et « Duke » restant sans doute les deux disques ayant le plus bénéficié du remix), qu’allait nous réserver le nouveau traitement des joyaux antiques de l’ère Gabriel ?
La réponse se révèle aussi évidente qu’était fébrile l’attente : c’est une restauration non seulement efficace mais surtout intelligente et pour tout dire enthousiasmante qui résulte du travail mené sur les pistes originales par le producteur Nick Davis (sous le contrôle, et avec la bénédiction, des membres du groupe y compris Peter Gabriel). Evidemment, ce coffret vaut aussi en partie pour le CD d’inédits (du moins sur album officiels) avec notamment la présence des quatre morceaux enregistrés début 1970 pour… un documentaire sur le peintre Mick Jackson. On y découvre le Genesis pré-« Trespass », un Genesis qui se cherche encore mais commence à se trouver, s’écartant des sucreries pop du premier album pour embrasser des terres plus audacieuses, avec les squelettes de futurs morceaux de bravoure (des parties de « The Musical Box », « Looking for someone », « The fountain of Salmacis », la mélodie de « Anyway »…).
Outre ce document à l’intérêt d’abord historique, l’un des mérites du coffret est aussi, et comment, de proposer en bonus DVD la quasi intégralité des documents filmés de l’époque, bien connus des fans depuis quelques années, mais qu’il était grand temps de publier enfin de manière officielle (le concert de Shepperton -tournée Selling England…, en 1974-, le passage de Genesis à « Pop 2 » -1972- ou dans l’émission « Melody » -1974- et aussi, last but not least, l’intégralité des diapositives du show The Lamb lies down on Broadway, lesquelles permettent de se replonger comme jamais dans l’histoire ce double-album concept en suivant la trame d’un film longtemps rêvé par Gabriel mais qui n’aura jamais existé …).
Seulement, ces petits trésors exhumés tiennent presque de l’anecdotique au regard du remarquable travail de re-masterisation mené sur chaque album. On ne reviendra pas ici sur la valeur intrinsèque de ce rock de complexité limpide, de ces petites symphonies baroques et captivantes, de ces pierres angulaires de la progressive british des seventies, maintes fois copiées et jamais égalées.
Simplement, -et là, il convient vraiment d’insister, la « plus value » sonore est tout bonnement in-cre-di-beul ! En utilisant les bandes multi-pistes originales pour ciseler de nouveaux mix, Nick Davis a redonné une nouvelle jeunesse à ces morceaux auquel le traitement sonore de l’époque, tant pour des raisons de moyens techniques que de temps, ne rendait pas toujours justice. Le son gagne en clarté, des parties instrumentales jusqu’ici imperceptibles se font jour, la batterie (ah, ce Collins-là) et les performances vocales (un ange repasse….) sont enfin pleinement restituées.
Les heureux possesseurs du matériel permettant d’écouter les versions 5 .1 de chaque album seront comblés mais n’auront pas, fort heureusement, le monopole de la félicité : même avec un lecteur tout bête, les nouveaux CD permettent de redécouvrir ces disques au fil d’une puissance et d’une limpidité de tous les instants.

Est-ce à dire que tout est parfait ? Certainement pas. Inévitablement, le « mixeur » Nick Davis a dû faire des choix. Le plus souvent judicieux. Mais pas toujours. Dans un louable souci de rééquilibrer toutes les parties instrumentales et vocales, de rares passages peuvent ainsi heurter l’oreille des aficionados : le clavier trop en retrait sur le final de « The musical box » (dans la version originale, il écrase l’ensemble mais c’est précisément ça qui est bon…), la flûte qui s’efface sur celui de « The Lamia »… Mais soyons clair : ces menues réserves ne doivent certainement pas suffire à vous faire bouder le plaisir, majuscule, de (re)découvrir en version restaurée ces chefs d’œuvre absolus.

De « Trespass » à « The Lamb lies down on Broadway », le meilleur Genesis est de retour et s’offre pour le nouveau siècle une salutaire cure de Genèse…

Frédéric Delâge