Happy The Man – The muse awakens

Happy the man - The muse awakens

Les titres les plus convaincants sont aussi les plus remuants, compositions à la fois alambiquées, énergiques, mélodiques.

Qui se souvient de Happy The Man ? Un moment approché par un Peter Gabriel alors en quête de son premier groupe de scène, ce groupe américain signa à la fin des années 70 deux albums de haute tenue, dont le mythique Crafty Hand en 1978, proposant un progressif à consonances très british, essentiellement instrumental, à la fois savant et mélodieux. Et puis, les vents mauvais (pour le prog’) du punk et du disco faisant leur oeuvre, Happy The Man se sépara au printemps 1979, sans espoir de retour. Il fallut attendre l’an 2000 pour voir le groupe se retrouver enfin sur scène à la faveur d’un festival, avec la promesse d’un nouveau disque dont la sortie n’aura eu de cesse d’être repoussée pour enfin se concrétiser quatre ans plus tard.

Alors, 26 ans après son dernier véritable album, Happy The Man a-t-il retrouvé la douce magie qui était sienne à l’époque ? Oui et non camarades, et The Muse Awakens est un peu l’histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein, même si en l’occurrence, le niveau du liquide nous inciterait tout de même à positiver en choisissant la seconde option. Par rapport à la formation « historique », on retrouve le guitariste Stanley Whitaker, le saxophoniste/clavier Frank Wyatt et le bassiste Rick Kennell, désormais accompagnés du batteur Joe Bergamini et du clavier David Rosenthal (ex-musicien d’Elton John et de Ritchie Blackmore, entre autres !), venu pallier la défection du pourtant essentiel Kit Watkins (lequel avait traversé l’Atlantique pour rejoindre Camel à la fin du groupe). Et la musique ? Elle reste globalement très fidèle à l’esprit des oeuvres antérieures, quelque part entre la frénétique complexité d’un King Crimson qui se serait singulièrement adouci et la simplicité mélodique de Camel, justement, avec des belles touches jazzy en supplément gratuit. Les titres les plus immédiatement convaincants sont aussi les plus remuants, du morceau d’ouverture « Contempory insanity » à « Stepping through time » ou « Barking spiders », compositions à la fois alambiquées, énergiques et mélodiques, sans oublier le seul titre chanté (par Whitaker), « Shadowlites », dont l’élégante simplicité fait une autre incontestable réussite. Dans ces conditions, on regrette d’autant plus la présence sur ce disque d’une poignée d’instrumentaux sinon insipides du moins franchement gentillets (« Slipstream », « Adrift » : zzzzzzzz) qui amoindrissent au final la portée du réveil de la muse d’Happy The Man. Laquelle a dû parfois se rendormir un peu entre deux fulgurances dont, heureusement, soyons juste, cet album ne manque pas.

Frédéric Delâge