IQ – Dark matter

IQ - Dark Matter

Ce talent pour transcender de bonnes vieilles prog’-recettes qui ne passent plus ou pas chez d’autres.

IQ ne change pas. Prestigieux specimen de cette génération du « néo-prog’  » briton des années 80 (le Marillion de Fish bien sér, mais aussi Pallas, Pendragon, Twelfth Night…) qui eut l’outrecuidance de jouer une musique proche du Genesis de Peter Gabriel avec un son (alors) moderne, le Quotient Intellectuel est toujours là. Et, contrairement à Marillion, n’a guère beaucoup évolué depuis ces temps héroïco-anachroniques qui virent se réveiller sous des contours relativement formatés une musique progressive qui depuis a heureusement su retrouver bien davantage de diversité.

IQ, lui, reste fidèle. Fidèle à ses ambiances lyriques parfois un peu téléphonées, à ses solos de guitares acérées ou de claviers acidulés tourbillonnants, à ce côté mi-mystérieux mi-fleur bleue idéalement incarné par la voix d’enfant nasillard de Peter Nicholls. Chez d’autres, on crierait au plagiat, à l’alignement de clichés, au déjà-vu et au déjà-entendu, au toc et à l’artifice facile. D’où vient que l’on soit prêt à (quasiment) tout pardonner à IQ ? Au souvenir de The Wake, son album emblématique de 1985 ? A celui de Ever, son autre référence cuvée 1993 ? Pas seulement. S’il ne faut certainement pas chercher l’innovation et la surprise dans ce Dark Matter très progressif mais pas progressiste pour un sou (ce n’est pas parce que Martin Orford y utilise enfin des sons de claviers seventies -Mellotron, Moog et autres orgues Hammond- qu’on va crier à la révolution !), on est bien obligé de constater que IQ n’a rien perdu de son talent pour transcender de bonnes vieilles prog’-recettes qui ne passent plus ou pas chez d’autres, que « Sacred Sound » ou « You never will » vont sans problème rejoindre le peloton de tête de son répertoire, que les 24 minutes de « Harvest of souls » tiennent tout à fait la route. Dark Matter n’est certes pas un chef d’oeuvre, juste un bon album de néo-prog’. Un de plus à l’actif de IQ, valeur-refuge.

Frédéric Delâge