King Creosote & Jon Hopkins – Diamond mine

King Creosote & Jon Hopkins- Diamond mine

Le supplément d’âme de ce disque exceptionnel se nourrit d’une symbiose rare qui transcende de beaucoup les ingrédients employés

Certains disques sont des miracles. Né d’une collaboration au long cours, Diamond Mine est de ceux-là. D’un côté, l’Ecossais King Creosote, nom de scène du chanteur folk Kenny Anderson. De l’autre, le Londonien Jon Hopkins, multi-instrumentiste électronica qui a déjà croisé, entre autres, les routes de Coldplay et de Brian Eno. Ne suivant que leurs envies, ces deux-là ont vraiment pris leur temps. Au point qu’il leur aura fallu près de sept ans pour accoucher des sept morceaux et de la demi-heure (32’11 pour être précis) magnifiquement frustrante que dure ce Diamond Mine, conçu en partie comme une vision romantique de la péninsule écossaise East Neuk of Fife.

Oui, mais voilà, peu importe finalement le temps passé sur le projet ou l’objet de son inspiration : du résultat final, jaillit tant de beauté qu’on est tenté de la croire intemporelle, universelle. Tout démarre par des voix à l’accent scottish, quelques bruitages, un piano lent et mélancolique, puis une guitare acoustique répétitive. Et la voix légère et pure de King Creosote s’empare d’une mélodie nostalgique sur tapis d’harmonium. Dès lors, on est embarqués, happés par une authentique magie, en apesanteur, qui ne vous lâchera plus. La guitare et le chant du folkeux pour le coeur, les nappes aériennes de l’homme-électronica pour l’enveloppe : le supplément d’âme de ce disque exceptionnel se nourrit d’une symbiose rare qui transcende de beaucoup les ingrédients employés. Son miracle s’avance au fil de cette harmonie délicate qui emplit avec la même voluptueuse intensité les sept titres d’un disque conclu par une bouleversante ritournelle de simplicité céleste : « It’s your young voice that’s keeping me holding on to my dull life, to my dull life . » Les amateurs de minimalisme planant à la No-Man, de fragilité aérienne à la Sigur Ros, de poésie contemplative à la Mark Hollis devraient fondre. Mais les autres aussi. Comme son nom l’indique simplement, ce disque est un diamant, pur et addictif, qu’il ne tient qu’à vous de faire vôtre.

Frédéric Delâge