London Underground – Through a glass darkly

London Underground -Through a glass darkly

S’il y a évidemment comme un goût de déjà-vu dans cette musique « pastiche », jamais elle ne sent le réchauffé.

Ah quelle époque épique que celle comprise, grosso modo, entre 1968 et 1970, période où le rock écrivait sa propre histoire quasiment au jour le jour, où les audaces instrumentales les plus folles s’accommodaient des refrains pop les plus limpides, où le génie de l’inventivité pure se teintait d’une certaine innocence, d’une belle insouciance. C’était le temps où la toute jeune musique progressive, fillette du psychédélisme, était encore balbutiante, c’était le temps des Nice, d’Atomic Rooster, de Rare Bird et autres combos aujourd’hui oubliés… C’était aussi le temps de London Underground, groupe injustement inconnu et pourtant auteur d’un des meilleurs albums de cette période bénie entre toutes. Et c’est d’ailleurs toujours le temps de London Underground.

Car arrêtons là un petit jeu auquel vous pourrez jouer à votre aise en faisant écouter ce disque à vos amis : aussi incroyable que cela puisse paraître, London Underground est un groupe des années 2000, les 11 morceaux de Through a glass darkly ont été enregistrés entre octobre 2001 et mai 2002. C’est presque un euphémisme d’écrire que ces Italiens -puisqu’en plus, ils ne sont pas plus anglais que vous et moi !- ont pondu là un album incroyable, le second commis par leurs soins sous ce patronyme. Certes, on connaît déjà bon nombre de groupes, plus ou moins talentueux, volontairement nostalgiques et en quête d’un certain passé. Mais soyons clair : London Underground en surpasse la plupart. Si l’on met de côté la qualité de l’enregistrement étonnamment claire et limpide pour une vieillerie de la fin des sixties (et pour cause !), l’illusion est parfaite. Tout y est : orgue hammond facétieux (mais juste ce qu’il faut), guitares psychés à souhait, digressions bluesy, chanteur à l’unisson (comme d’autres ont la gueule de l’emploi , Daniele Caputo a la voix du rock d’alors…) et surtout compositions de premier choix (9 sur 11 sont originales…), habitées d’une inspiration de haute volée où il est impossible de déceler la moindre faute de goût. Car là réside le petit miracle de Through A Glass Darkly : s’il y a évidemment comme un goût de déjà-vu dans cette musique « pastiche »,  jamais elle ne sent le réchauffé. L’époque épique a beau être révolue depuis une quarantaine d’années, elle accouche grâce à London Underground d’une nouvelle pépite miraculeusement décalée…

Frédéric Delâge