Magma – K.A

Magma - K.A

L’hallucinante puissance de cette « fausse nouvelle oeuvre » captée enfin sur disque se fait vite lumineuse évidence.

Depuis le temps qu’on attendait une nouvelle véritable livraison discographique de la planète Kobaïa, plus habituée à tourner ces dernières années sur scène que sur les platines, la parution de K.A constitue en 2004 forcément un événement majuscule.

Depuis sa résurrection officielle au milieu des années 90, et malgré une absence quasiment totale de soutien médiatique proprement honteuse au regard de l’exceptionnelle valeur musicale de l’oeuvre de Christian Vander et sa bande, Magma a pourtant réussi ce que la plupart des grands groupes emblématiques des seventies encore vivants cherchent encore en vain : renouveler son public de manière conséquente. Désormais, les nombreux p’tits jeunes qui viennent aux concerts de Magma renforcer les inévitables hordes de grisonnants fidèles pourront se targuer d’avoir vécu eux-aussi la sortie d’un nouvel album studio du groupe. Or, disons-le aussitôt :  K.A s’inscrit d’ores et déjà, et définitivement, dans l’ordre des plus grandes réussites de Magma, au point qu’il rivalise avec les éternels Mekanik Destruktiw Kommandöh et Köhntarkösz, dont il constitue en quelque sorte le chaînon manquant. Elaboré en 1972, puis précipité dans les oubliettes, Köhntarkösz Anteria conte donc la « jeunesse tourmentée de Köhntarkösz en quête de sa destinée », une jeunesse si tourmentée qu’elle aura donc mis plus de trente ans pour aboutir enfin, plus vivante et jaillissante que jamais, dans nos tympans. Mais au-delà des habituelles considérations mystico-ésotériques de Christian Vander, l’hallucinante puissance musicale de cette « fausse nouvelle oeuvre » captée enfin sur disque se fait vite lumineuse évidence, et ce dès les premières écoutes.

Porté par une production à la hauteur (ce qui n’a pas toujours été le cas dans l’histoire du groupe), sublimé par une interprétation magistrale tant instrumentale que vocale (ça, par contre, c’est une habitude, quelle que soit la formation), K.A développe au fil de ses trois parties une force hypnotique dans la grande tradition du groupe, à la fois incantatoire et coulant de source, souvent articulée autour de séquences rythmiques, scandées, heurtées, en perpétuel mouvement, d’où jaillit pourtant en permanence une fluidité mélodique et une intensité supérieure. Aujourd’hui comme hier, la musique de Magma est bien plus que singulière. Définitivement unique. A jamais un K.A à part.

Frédéric Delâge