Memories of Machines – Warm winter

Memories of Machines- Warm Winter

Cette élégance faussement glacée, cette mélancolie planante et atmosphérique sublimées par la voix de l’inimitable Bowness.

Voilà un disque qui tombe à pic si l’on estime que No-Man, le duo classieux de pop éthérée formé par le chanteur Tim Bowness et l’insatiable Steven Wilson, se fait décidément trop rare. Car pendant que s’accomplissent les douze (et même davantage) travaux d’Hercule Wilson aux pays de Porcupine Tree, de Blackfield ou des remasters de King Crimson ou Caravan, Tim Bowness ne fait pas la sieste.

Depuis 2006, le chanteur a ainsi entamé une fructueuse collaboration avec le musicien italien Giancarlo Erra, leader du groupe Nosound, sorte de pendant transalpin de son presque homonyme britannique. Ce tandem inédit est parti enregistrer à New-York et en Suède, a su collaborer (en studio ou bien via internet) avec des pointures du calibre de Robert Fripp,Peter Hammill, Jim Matheos ou .. Steven Wilson. Pour finalement nous servir en cette année 2011 ce Warm winter, premier album bien né signé Memories of Machines. Or, l’intérêt du disque ne se limite pas, loin s’en faut, au seul prestige de la distribution du générique. L’ombre de Wilson (qui a mixé l’ensemble mais ne joue claviers et guitare… que sur un des 10 morceaux) n’est certes jamais loin, mais c’est surtout une version à peine décalée de No-Man qui est ici proposée : on y retrouve cette élégance faussement glacée, cette mélancolie planante et atmosphérique sublimées par la voix de l’inimitable Bowness, qui ne sonnera jamais monotone et aseptisé qu’aux seules oreilles superficielles et pressées. Les autres savent la sensualité mélancolique, cette étrange pureté de froide volupté hypnotique qu’elle sait dégager. C’est évidemment le cas, et même plus que jamais, sur ce disque lumineux où l’on découvre entre autres une version bien différente du « Beautiful songs you should know » présent sur le dernier album en date de No-Man, Schoolyard ghosts… lequel donne ici son nom à un morceau à part entière (No-Man en avait fait le titre « Mixtaped » en 2009).

Un violoncelle, les boucles évanescentes frippiennes ou les chœurs célestes de la chanteuse de All About Eve Julianne Regan viennent ponctuer cette traversée cristalline de paysages romantiques dont la froideur n’est qu’apparente et sait toucher au cœur. Pour patienter jusqu’au prochain No-Man, et grâce au chaud et froid tel que sait délicatement le souffler ce Warm winter, nous voilà protégés au moins toute une saison…

Frédéric Delâge