Mike Oldfield – Music of the spheres

Mike Oldfield - Music Of The Spheres

Classique dans tous les sens du terme, cet album-là voit le maître simplement renouer avec ce qu’il sait faire de mieux.

Mike Oldfield était-il fini ? On pouvait au moins se poser la question depuis quelques années… Dans sa longue carrière, le créateur des cloches tubulaires est régulièrement passé du génial au médiocre, et vice-versa. Mais ses dernières livraisons penchaient nettement d’un seul côté, en l’occurrence le mauvais, nous infligeant une new-age technoïde glaciale et robotique, sans grand intérêt. Oui mais, par le passé, le père Oldfield  a déjà surpris son monde, par exemple lorsqu’il nous balançait en 1990 l’incroyable « Amarok », un an après le plus que dispensable « Earth moving ».

Donc, lorsqu’on apprit en 2008 qu’il s’était enfin mis en tête de renouer avec un classicisme instrumental plus en rapport avec ses joyaux passés, la parution de ce « Music Of The Spheres » réveilla forcément l’intérêt, puis l’impatience. Alors, qu’en est-il cette fois-ci ? Comme souvent avec Oldfield, les premières impressions se font trompeuses. Le parti pris « classisant » (M.O se contente de quelques parties de guitare acoustique et s’en remet pour le reste à un orchestre classique dirigé par l’ex-Soft Machine Karl Jenkins), l’absence de tout instrument folklorique ou électrique (pas d’envolée, donc,  et c’est bien dommage, de ce son de guitare reconnaissable entre mille) peuvent de prime abord créer la frustration. Comme si la dimension purement orchestrale lissait l’ensemble, rabotant l’originalité de l’univers Oldfield, le ravalant au rang de simple (fut-elle bonne) musique de film… Et puis, le thème répétitif et sautillant qui ouvre le disque (« Harbinger ») évoque irrésistiblement une énième variation autour de la fameuse intro de « Tubular Bells », quand le « Animus » qui suit flirte dangereusement avec la mièvrerie…. Seulement voilà, on aurait tort d’en rester à une analyse superficielle d’un disque qui ne l’est pas. Et qui… progressivement, fait fondre ces réserves initiales.

D’abord parce que mélodiquement, Oldfield reste Oldfield. Autrement dit un compositeur qui, dès lors qu’il tourne le dos à ses velléités trop commerciales ou technologiques, reste un maestro sans égal pour tisser ces longs instrumentaux limpides, aériens où les thèmes s’entrecroisent, se répondent, entêtants, à la fois répétitifs, changeants, portés par un sens mélodique et harmonique qui s’apparente parfois, et même souvent, avec de la grâce. Les passages chantés, une fois encore confiés à une voix féminine, celle de la soprano néo-zélandaise Hayley Westenra, et plus globalement, toute la seconde moitié du disque (lequel voit la participation du pianiste virtuose chinois Lang Lang), jusqu’à l’apothéose tubulaire de « Musica Universalis », suffisent à faire de ce « Music Of The Spheres » une incontestable réussite Oldfieldienne. Classique dans tous les sens du terme, cet album-là voit le maître simplement renouer avec ce qu’il sait faire de mieux. Et c’est vraiment une excellente nouvelle…

Frédéric Delâge