Minimum Vital – Capitaines

Minimum Vital-Capitaines

De Capitaines, on retiendra que Minimum Vital signe quelques-uns de ses plus beaux morceaux .

Mine de rien, Minimum Vital fait aujourd’hui figure de vétéran sur la scène progressive française. Plus de vingt ans déjà que le groupe des jumeaux Payssan s’est imposé comme l’un des rares combos du genre à avoir su créer un univers reconnaissable entre mille. Minimum Vital, c’est la combinaison, ou plutôt une synthèse unique, fluide et naturelle entre l’héritage du progressif « classique » (Yes, école de Canterbury notamment), et des influences clairement revendiquées des musiques médiévales et baroques. Sans oublier le maniement en filigrane d’une langue toute personnelle (mêlant anglais, français, occitan, latin voire « yaourt » jumeau) qui peut parfois, au diapason de certains accents musicaux, évoquer une sorte de Magma light.

Pour autant, le dernier album en date du groupe, Atlas (2004), avait suscité quelques réserves, le groupe peinant sans doute à y retrouver la ferveur et l’inventivité de ses meilleurs jours. En fait, depuis le référentiel Sarabandes de 1990, il semblait un peu que les jumeaux Payssan n’étaient jamais aussi à l’aise et convaincants que lorsqu’ils osaient faire un pas de côté, délaissant le côté léger et vocal de Minimum Vital pour s’embarquer sur des terres sans doute plus folk, un rien plus intimistes, mais plus que jamais marquées par leurs influences médiévales. Ce fut en 2001 le superbe Ex-Tempore , signé du nom de Vital Duo, puis plus récemment (2006), l’excellent album solo de Jean-Luc Payssan. Or, ce Capitaines a le bon goût de naviguer très souvent sur ces mers plus acoustiques et majoritairement instrumentales au sein desquelles la musique du groupe sait atteindre son maximum d’intensité. Pour tout dire, si l’on retrouve sur une petite moitié de l’album un Minimum Vital relativement fidèle à cette légèreté vocale omniprésente sur La source, Esprit d’amor ou Atlas, agréable, mélodique, entraînante et superbement jouée,  le reste du disque se révèle autrement passionnant en misant d’abord sur la force instrumentale du groupe, sur ses racines progressives et médiévales, sur ce tempérament combinant l’aspect planant et mystérieux du prog’ (on pense souvent à Mike Oldfield) à l’authenticité tout à la fois spirituelle et dansante d’un folk européen surgi du fond des (moyen…) âges.

De Capitaines, on retiendra que Minimum Vital signe quelques-uns de ses plus beaux morceaux. Et comme par hasard, il le fait lorsqu’il prolonge la veine du fameux et unique album de Vital Duo (à cet égard, pour la première fois, le groupe se passe d’un vrai batteur… et c’est une vraie réussite, Jean-Luc Payssan assurant avec ô combien d’à-propos des percussions essentielles mais qui n’en font jamais trop, aux couleurs naturelles, presque ethniques). Citons donc en priorité les magnifiques « En Terre étrangère » et  « Le chant de Gauthier » (basé sur une mélodie du XIIe siècle), une bonne partie du morceau-titre, et surtout surtout « La route », extraordinaire progression finale, marche en forme de quête spirituelle, et qui vaut largement à elle seule l’acquisition du disque…

Frédéric Delâge