Muse – Absolution

Muse- Absolution

Muse est définitivement surdoué pour allier un lyrisme échevelé, grandiloquent même, à une énergie brute dévastatrice.

Porté au pinacle par la presse-rock bien pensante à la sortie de Showbiz, son premier album (1999), Muse n’est pourtant plus en odeur de sainteté auprès des bons apôtres de la pensée unique. C’est qu’Origin of Symmetry, petit chef d’oeuvre de power-pop épique à la fois planante et énervée, est passé par là en 2001. Muse y affirmait pleinement sa personnalité, et cette personnalité-là, forcément, ne pouvait plaire à tout le monde. Passe encore qu’un chanteur puisse évoquer un subtil compromis entre les voix de Jeff Buckley et de Thom Yorke. Mais qu’il se mette à grandiloquer façon Freddy Mercury sur des accents « néo-classiques » évoquant en filigrane ce vieux rock progressif, là non !

Deux ans plus tard, on saura gré à Matthew Bellamy et ses deux acolytes d’avoir refusé tout repli frileux. Car le trio enfonce le clou avec cet Absolution de haute voltige, sorte de suite logique d’Origin…. Mais une suite si inspirée, si puissante qu’elle ne se contente pas d’en confirmer les orientations : elles les accentue, les transcende, voire les sublime sur ses meilleurs moments. En fait, Muse est définitivement surdoué pour allier un lyrisme échevelé, grandiloquent même, à une énergie brute dévastatrice. C’est évidemment le côté lyrique et emphatique qui exaspèrera toujours les petits curetons étriqués de l’orthodoxie rock’n roll, peu enclins -doux euphémisme- à donner l’absolution à ce genre de disque. D’autant plus que cette fois, Muse ne prend même plus de gants, utilisant violons classiques sur deux morceaux, ou s’autorisant sur « Butterflies and Hurricanes » une échappée au piano évoquant bien davantage Rachmaninov que, au hasard, le Velvet Underground. Mais surtout, bien au-delà des recettes employées, c’est le fond qui prime. Or, là, Muse fait très très fort. Car si l’on excepte trois ou quatre morceaux (sur 14) un peu trop linéaires pour ne pas finir par lasser (« Sing for absolution », notamment), les trois-quart de l’album suffisent amplement à placer la barre à un niveau côtoyant les sommets. Dès l’ouverture, la démesure extrême de « Apocalypse Please » donne le ton, très haut et très fort, avant que « Time is running out » (quel single !) ne prenne illico le relais, aussi fougueux qu’élégant. Et si les quelques accalmies  (le splendide « Falling way with you », « Blackout », « Ruled by secrecy »…) viennent opportunément adoucir l’ensemble, c’est bien dans le lyrisme assourdissant de nouveaux morceaux de bravoure comme « Stockholm syndrome » ou « Hysteria », quelque part entre grunge et progressive, que Muse donne la pleine (dé)mesure de sa puissance et de son talent unique pour combiner emphase mélodique et fièvre sauvage des décibels. Amen.

Frédéric Delâge