Muse – Black holes and revelation

Muse- Black holes and revelation

Muse reste ce groupe brillant et atypique qui cartonne auprès des « kids » des années 2000.

Trois ans après un Absolution qui sonnait comme le digne prolongement de Origin of Symmetry, jusque là sa référence, Muse était forcément attendu au tournant : Matthew Bellamy et ses deux acolytes étaient-ils capables de renouvellement, ou le filon de leur très typique et électrique grandiloquence allait-il cette fois dangereusement s’approcher de l’épuisement ?  A vrai dire, on est tenté de répondre doublement non : ni révélations, ni trous noirs dans ce quatrième album, juste la belle confirmation que, du moins encore pour cette fois,  Muse sait rester fidèle à lui-même sans perdre pour autant sa force et sa fraîcheur. Bref, jusqu’ici, tout va bien…

Le morceau d’ouverture, « Take a bow », semble sorti tout droit des deux précédents albums : sur un tapis de boucles de claviers, la voix de Bellamy s’envole, aérienne et sans complexes. On est certes en terrain connu, voire balisé, mais tout ça reste diablement efficace. En fait, s’il y a renouvellement partiel, celui-ci vient davantage de la forme que du fond, avec au niveau des arrangements, des touches électro et des clins d’œil parfois assez appuyés (le leitmotiv très années 80  du tubesque –et très réussi- « Starlight », l’intro de « Map of the problematique » qui parodie quasiment Depeche Mode, les accents hispano-arabisants de « City of Delusion »…). Sans oublier évidemment ce qui restera sans doute le vrai joyau du disque, l’ultime morceau « Knights of Cydonia », dont guitares et chœurs rappellent furieusement les ambiances du Ennio Morricone des westerns spaghetti, voire du Polnareff de « La folie des grandeurs » (on n’est donc pas très loin des BO des films de Tarantino…)… Grandiloquent comme du Queen, puissant comme du Rush, décapant comme du Primus (une des inspirations revendiquées par Matthew Bellamy), Muse reste ce groupe brillant et atypique qui cartonne auprès des « kids » des années 2000. Tout en exaspérant par ses audaces et sa pompe très « prog’n roll » la frange punkolitiquement correct de rock-critics qui ne pouvaient évidemment pas voir plus loin que le bout de Showbiz, le premier –et le plus conventionnel- des disques du groupe. Tant que l’inspiration sera à la hauteur de ses ambitions (et on aura compris que c’est globalement encore le cas cette fois-ci), la bande à Bellamy –chanteur excellent mais surtout compositeur surdoué- n’aura pas grand chose à craindre. Et restera ce que suggère le titre d’un des onze morceaux de ce disque : invincible.

Frédéric Delâge