National Health – Of queues and cures

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Pétrie d’une sorte de swing supérieurement intelligent, d’un « progressive rock-jazz » fourmillant d’idées, Of Queues and Cures est un régal permanent.

Créer un véritable « orchestre rock » comportant deux claviéristes et deux guitaristes en plus d’une chanteuse et de la traditionnelle section rythmique basse/batterie : telle est l’ambitieux projet nourri par les claviéristes Alan Gowen (Gilgamesh) et Dave Stewart (Hatfield and the North, pas Eurythmics !) lorsqu’ils créent en juillet 1975 National Health (autrement dit, Sécurité Sociale…).

Le projet va prendre forme autour d’une formation comprenant entre autres l’ancien bassiste de Egg Mont Campbell et rien moins que le grand Bill Bruford pour tenir les baguettes. Mais cette configuration va vite éclater, Bruford la quittant en deux temps, d’abord pour renforcer Genesis sur sa tournée 1976, puis définitivement lorsque son propre label, EG Records, refuse de signer National Health après une audition.

Il faut dire que la musique imaginative et très fouillée que joue le groupe ne reçoit pas toujours l’accueil qu’elle mérite. Si une partie du public et de la presse rock salue déjà son talent sur scène, aucun label -pas même Virgin- n’accepte alors de le signer. La musique progressive n’a déjà plus les faveurs des maisons de disques en ces temps de punk triomphant. « Le rock business ne s’intéressait qu’à des choses brutales et stupides. National Health était trop « musical », « se souvient Dave Stewart… C’est dans un studio mobile que National Health parvient à enregistrer un premier (et excellent) premier album que le label Charly Records sortira enfin au début de l’année suivante. Recentré autour d’une formation présentant désormais le visage d’un quartet plus traditionnel (Dave Stewart aux claviers, Phil Miller aux guitares, Pyp Pyle à la batterie et John Greaves à la basse, soit trois anciens Hatfield and the North et l’ancien bassiste de Henry Cow), National Health voit l’année 1978 lui apporter un nouveau souffle : le groupe tourne beaucoup, notamment en première partie de Steve Hillage, puis enregistre avec Of Queues and Cures un album qui va s’imposer comme son oeuvre maîtresse. Constamment inspirée, pétrie d’une sorte de swing supérieurement intelligent, d’un « progressive rock-jazz » fourmillant d’idées mélodiques et rythmiques, la musique de Of Queues and Cures est un régal permanent, un bijou tout à la fois savamment ciselé et débordant de classe.

Si sept musiciens additionnels enrichissent l’ensemble (violoncelles, clarinettes, trombones, hautbois…), chaque membre officiel y va d’au moins une composition exceptionnelle (le facétieux Pyp Pyle, disparu en 2006, rajoutant même avec « Phläkhatön » une performance vocale de 8 secondes recréant un authentique solo de batterie…). Mais le chef d’oeuvre incontestable du disque vient des 11 minutes 30 de « Squarer for Maud », morceau magique signé John Greaves en partie issu d’improvisations en solo : la guitare de Miller s’y fait éblouissante, un passage d’une complexité rythmique hallucinante pousse la musique jusqu’à une sorte d’état de grâce, servi par les clarinettes de Jimmy Hastings, puis par le violoncelle obsédant de Georgie Buzz, donnant le signal à l’envolée volcanique de l’orgue « fuzz » de Stewart…

Of Queues and Cures sera le dernier véritable album de National Health qui ne résistera pas au départ de Dave Stewart et se dissoudra au tout début des années 80. Mais trente-et-un ans après sa sortie, pour peu que l’on apprécie la progressive fortement teintée de jazz, tout de subtilité et de puissance, ce disque-là reste une incontournable référence…

Frédéric Delâge