Peter Hammill – Over

Peter Hammill- Over

Une inspiration venue du fond des tripes et reflétant tous les états et sentiments par lesquels on peut passer, plonger voire se noyer dans ces cas-là.

En avril 1977, paraît Over, disque impudique, tourmenté et bouleversant, plein de fureur, de passion, de romantisme, gorgé d’une tristesse infinie qui n’exclut pas l’espoir et la rédemption. Ce sixième album solo de Peter Hammill est le fruit d’une blessure : la séparation avec Alice, celle qui fut durant sept années sa compagne. D’une rupture sentimentale authentique, Hammill va faire jaillir un chef d’oeuvre, à la fois dérangeant et universel.

N’y cherchez évidemment pas de banales complaintes à l’eau de rose ou une énième variation autour du thème éternel de l’amour déçu. Nulle trace de clichés dans cet album-là : Over, c’est l’émotion à l’état brut, un disque coup de poignard nourri d’une inspiration venue du fond des tripes et reflétant tous les états et sentiments par lesquels on peut passer, plonger voire se noyer dans ces cas-là : les regrets aussi vains qu’obsédants («On tuesday she used to do yoga»), la révolte de la rancoeur et du dégoût («Betrayed» et ses dissonances comme autant de plaies), l’incrédulité et la culpabilité («Alice» où, armé simplement d’une guitare acoustique, Hammill s’adresse directement à …elle), la nostalgie et le désespoir (le symphonique «This side of the looking-glass» que PH devait reprendre sur scène en avril 1996…accompagné de l’Orchestre National de Lille), les souvenirs qui s’embrouillent déjà avec le temps qui passe et qui finira par anesthésier la douleur («Time heals», ses contrastes et ses hypnotiques montées en puissance)… Musicalement aussi multiple que les émotions véhiculées par ses textes (orchestral ou rock’n roll, électrique ou acoustique, sophistiqué ou dépouillé…), Over se joue de l’impudeur et des risques inhérents à ce genre d’exercice fatalement trop personnels pour ne pas risquer d’être casse-gueules.Et finit par tendre une sorte de miroir universel que Peter Hammill a eu l’intelligence de ne pas fabriquer d’un seul tenant. Car il y a aussi le poignant «Autumn», traversé du violon plaintif de Graham Smith, qui évoque, lui, l’absence des enfants devenus trop grands pour le nid familial. Histoire de rappeler que même pour les couples qui durent, la vie n’est pas un long fleuve tranquille… Le tout est entouré de deux morceaux prenant à contre-pied la noirceur et la profonde mélancolie de l’ensemble : le très rock «Crying wolf» -entre dérision et auto-flagellation- et pour finir la nécessaire et salvatrice note d’espoir de «Lost and found». Un bon conseil : n’attendez pas de vous faire plaquer par votre supposée âme soeur pour découvrir cette merveille absolue…

Frédéric Delâge