Peter Hammill – Pno Gtr Vox

Peter Hammill- Pno Gtr Vox

Cette voix-caméléon qui griffe ou caresse, râpeuse ou voluptueuse, gutturale ou angélique.

On ne peut pas dire que Peter Hammill cultive l’abus en matière de disques live. Si l’on excepte le Veracious de 2006 (dernier témoignage live de ses duos avec le violoniste Stuart Gordon), sa dernière capture de concerts solo, Typical,  datait de 1999. Et encore s’agissait-il de versions enregistrées sur sa tournée 1992. Même si la résurrection de Van der Graaf Generator a forcément, depuis 2005, pas mal accaparé ses fans et a fortiori l’intéressé, il était donc plus que temps de délivrer un disque live officiel et plus récent de ses concerts en solitaire: voilà qui est fait, avec en l’occurrence des extraits de ceux donnés en Grande-Bretagne et au Japon en 2010.

Mais si ce double-album tombe à pic, il sait remplir son office avec intelligence. En proposant les deux facettes de l’Hammillienne solitude en live : un disque pour les morceaux interprétés au piano, le second pour les titres joués à la guitare, découpage un rien artificiel reprenant cette formule / exercice de style (CD1 : « Et si j’avais oublié ma guitare ? » CD2 : « Et s’il n’y avait pas de piano ? »), à la manière des soirées successives proposées en juillet 2010 à l’heureux public de Tokyo. Oui, mais entre Pno et Gtr, entre touches de claviers et frémissement des cordes, la séparation des pouvoirs se révèle finalement anecdotique , tant l’essentiel est ailleurs, d’abord articulé autour du seul instrument qui fait d’Hammill un virtuose : cette fameuse « vox », cette voix-caméléon qui griffe ou caresse, râpeuse ou voluptueuse, gutturale ou angélique. Or, à plus de soixante printemps (63 à l’heure de l’écriture de la présente chronique), le sieur Peter Joseph Andrew Hammill n’a rien perdu de son hallucinante dextérité vocale. Et pas davantage de cette passion vibrante et singulière qui transpire dans ses chansons étranges, et sans doute plus encore dans leurs incandescentes versions live.

Alors, oui, l’animal s’est sans doute assagi (très relativement…) depuis les folles outrances vocales de sa jeunesse, celles dont témoigne par exemple le bootleg quasi-officiel Skeletons of songs (1978). Mais Peter Hammill n’est sûrement pas du genre à confondre maturité avec tiédeur ou consensus mou. Y compris en version sexagénaire, il reste ce funambule de l’émotion, s’avançant, exalté, sur la corde raide de sa poésie tourmentée. Peter Hammill n’interprète pas ses chansons, il les vit, les incarne, les bouscule, les respire à chaque seconde. Explorant sur 27 morceaux une part infime d’une œuvre majuscule, extirpant des moments de grâce et de fiévreuse intensité, tant sur des titres récents (« Gone ahead », « The mercy », « Driven »…) que sur des morceaux anciens toujours réinventés ( extraordinaires versions de « Traintime » ou « Stranger still » par exemple), ce somptueux double-album blanc en est le parfait témoignage, fidèle et enflammé.

Frédéric Delâge