Philippe Cauvin – Climage

Philippe Cauvin- Climage

Sa voix quasi-féminine de haute-contre ajoute encore à cette impression paradoxale d’étrangeté aérienne coulant pourtant de source.

Qui se souvient de Philippe Cauvin ?  Au début des années 80, le créateur du groupe progressif Uppsala avait publié deux albums salués par la critique mais qui n’avaient pas empêché la carrière du guitariste de sombrer peu à peu dans l’oubli. Il faut dire que Cauvin et sa musique lunaire, quelque part entre avant-garde et guitare classique, débarquaient sans doute au plus mauvais moment, comme piégés par cette décennie froide, lourde et matérialiste qui ne pouvait que leur être hostile. Ni jazz, ni classique, ni contemporain, ni rock mais un peu de tout ça à  la fois, cette musique-là ne pouvait alors guère susciter que l’admiration de spécialistes avisés et, pour le reste, se frotter à  l’indifférence voire au mépris de cette époque pour laquelle elle était si peu faite. Plus de vingt ans plus tard, grâce notamment à la persévérance des jumeaux Payssan de Minimum Vital, grands admirateurs de Cauvin, (c’est d’ailleurs Jean-Luc Payssan, guitariste des Vitaux, qui signe le texte du livret), Musea réédite en 2004 Climage, album originellement sorti en 1982 et naturellement jamais publié en CD (la réédition de Memento, l’album suivant, est également au catalogue de Muséa).

A la fois légère et prenante, mélodique et surprenante, la musique de Philippe Cauvin ne ressemble qu’à elle-même et finit par faire jaillir une sorte de grâce fragile et mystérieuse qui se laisse assez vite apprivoiser pour mieux vous envahir. Guitariste incroyablement doué, Cauvin savait alors réinventer la virtuosité classique, avec fougue, doigté et un sens lumineux de la mélodie aussi improbable que magique, le tout souvent accompagné de sa voix quasi-féminine de haute-contre qui ajoute encore à cette impression paradoxale d’étrangeté aérienne coulant pourtant de source. Bref, la réédition des douze morceaux de Climage (augmentés de 5 autres morceaux -un peu moins intenses- extraits d’un tout premier album solo enregistré en 1980 et jamais publié) est l’occasion bénie pour découvrir un artiste et une musique venues d’ailleurs…

Frédéric Delâge