Porcupine Tree – Fear of a blank planet

Porcupine Tree- Fear of a blank planet

A la fois atmosphérique et sophistiqué, lourd et aérien, progressiste et moderne.

Porcupine Tree pouvait-il encore nous surprendre et nous émouvoir ? Après la claque de « In absentia » suivie en 2005 de « Deadwing », son digne prolongement, on pouvait légitimement redouter une pause dans la croissance impressionnante de l’arbre porc-épic. Et penser que la bande à Steven Wilson avait peut-être touché un point de non-retour, de ceux qui annoncent déclin ou redite, tant la synthèse pop-prog-métal des deux derniers albums en date atteignait un degré de maîtrise et d’inspiration haut-de-gamme. Eh bien non, ce n’est pas encore pour cette fois :  Porcupine Tree n’est toujours pas passé sur l’autre versant de la colline…

En vérité, « Fear of a blank planet » semble inaugurer un autre chapitre dans l’aventure du groupe, tout aussi passionnant que les précédents. Sur le fond, point de grand bouleversement, pourtant. Porcupine Tree fait toujours bouillonner une marmite où l’on retrouve grosso modo les mêmes ingrédients : mélodies à la fois sombres et évidentes, alternance de pesanteur métallique et d’envolées aériennes, cohérence et puissance, lyrisme et sophistication hérités des sixties et seventies mais dureté ultra-moderne, le tout magnifiquement produit. Seulement, cette fois, pour ce faux album-concept évoquant les obsessions technologiques (télé, internet, vidéo…) de la jeunesse schizoïde du 21e siècle, Porcupine Tree a musclé son discours. Ou plus exactement l’a densifié. Sept morceaux seulement, s’enchaînant sans aucun temps mort, déploient une fièvre, une intensité qui, cette fois, et c’est sans doute une première, ne retombent jamais. Cette musique-là séduit dès la première écoute, parce qu’elle est limpide. Mais ne réserve sa force, sa saveur, les subtilités de sa violence comme de sa douceur qu’au fil d’une découverte initiatique. Cela peut sembler paradoxal mais telle est la singularité de Porcupine Tree, groupe à la fois atmosphérique et sophistiqué, lourd et aérien, progressiste et moderne, aventureux et rigoureux. La pièce de résistance de l’album, « Anesthetize » (près de 18 minutes, traversées de l’intervention de la guitare solo, d’Alex Lifeson, de Rush) risque de surprendre jusqu’aux fidèles du groupe : les accents métal, jusqu’ici plus ou moins greffés artificiellement sur les morceaux antérieurs du groupe, se font plus insistants, sans jamais plomber la finesse et la richesse de l’ensemble.

Selon Steven Wilson, l’aventure Blackfield (son autre groupe, dont le second -et magnifique- album vient à peine de sortir…) aurait « débarrassé » Porcupine Tree de son versant plus pop, permettant à PT de mettre désormais encore plus le paquet sur ses penchants progressifs et métalliques.C’est en partie vrai, mais en partie seulement: des merveilles comme « My ashes » ou « Sentimental » sont encore là pour démontrer que Porcupine Tree sait toujours s’épanouir sur des terrains plus pop et romantiques, et avec quel brio.  Porcupine Tree signe avec « Fear of a blank planet » son album le plus dense,  celui qui résume tous les autres, sans jamais les répéter ou les singer. Le point de non-retour, mister Wilson, serait-ce pour cette fois-ci… ?

Frédéric Delâge