Porcupine Tree – In Absentia

Porcupine Tree- In Absentia

Une inspiration haut-de-gamme coule à flots, déversant aussi bien de vigoureux torrents d’électricité que des harmonies vocales à la légèreté de bulles de savon.

D’un psychédélisme space-rock fin de siècle en pop prog metal classieux, la mue de Porcupine Tree se sera révélée… progressive. Au tournant du millénaire, seule l’arrière-garde du public prog  avait reproché au groupe de Steven Wilson son virage soit-disant pop, lequel s’était plutôt apparenté à une courbe savamment négociée. En témoignent d’ailleurs toujours les deux merveilles d’albums que restent Stupid Dream (1999) et surtout Lightbulb Sun (2000), abandonnant les Gonghawkwinderies de jadis pour une nouvelle légèreté pop qui n’oublie pas ni la sophistication ou l’intensité,  ni le charme pénétrant de cristallines mélodies («No swimming » ou « Pure Narcotic » pour Stupid Dream, «  How is your life today ? » ou « Where would we be » pour son successeur…). Mais fin 2002, la parution de l’autre côté de l’Atlantique (l’Europe devra curieusement attendre début 2003) de In Absentia change encore partiellement la donne.

Au sortir de son expérience de production avec les death-métalleux-progueux suédois de Opeth, Steven Wilson injecte dans la musique de l’arbre porc-épic de nouvelles piques de métal. C’est ainsi qu’une hargne nouvelle électrise certaines parties de guitares (« Blackest eyes », « The creator has a mastertape »), que la forme évolue, plus que jamais au service d’un fond d’où jaillissent toujours des idées aussi subtiles qu’accrocheuses. Des 14 morceaux de In Absentia (allez, retirons les trois ou quatre « seulement » très bons, et l’on pourrait parler de chef d’œuvre…), c’est bien la source d’une inspiration haut-de-gamme qui coule à flots, déversant aussi bien de vigoureux torrents d’électricité que des harmonies vocales à la légèreté de bulles de savon (à l’image de « Gravety eyelids », qui démarre sur une mélodie moelleuse pour décoller en un déluge de guitares). En marge des accents prog ou/et métal, Steven Wilson y pousse l’insolence jusqu’à confirmer une bonne fois pour toutes son grand talent de pur songwriter (les deux bijoux, simples et aériens, que sont « Heartattack by a layback » et « Collapse the light into earth »). Avec In Absentia, Porcupine Tree pose aussi le décor de la suite de son histoire. Car c’est bien dans le sillage raffiné et métallique de cette œuvre aussi monstrueuse que l’effrayant crâne d’oeuf de sa pochette que le groupe écrira les chapitres suivants. Et grandira encore et encore, en même temps que les courbes de ses ventes (plus de 250 000 exemplaires pour le concept-album  Fear of a blank planet en 2007) et les salles –Olympia ou Transbordeur pour la France en 2009- qu’il remplit désormais.

Frédéric Delâge