Renaissance – Renaissance/ Illusion

Renaissance- First album

Cette première mouture de Renaissance inaugura dès 1969 une voie alors quasiment inédite mêlant des racines rock à des influences acoustiques venues du folk mais aussi du classique.

Gloire à Esoteric Recordings ! En quelques années, le label briton est vraiment passé maître dans l’art de la réédition des chefs d’œuvre et/ou pépites oubliées des sixties-seventies, qu’il s’agisse de psychédélisme, de blues rock, de progressive… Parmi les dernières rééditions en date, celles de deux premiers albums de Renaissance ne sont pas les moins indispensables. Rappel de l’histoire : créée par deux ex-Yardbirds, le batteur Jim McCarty et le chanteur Keith Relf, cette première mouture de Renaissance inaugura dès 1969 une voie alors quasiment inédite mêlant des racines rock à des influences acoustiques venues du folk mais aussi du classique.

Porté par la voix de Jane Relf, sœur de Keith, par le bagage classique du claviériste John Hawken, et produit par Paul Samwell-Smith, autre ancien Yardbirds, le premier album de Renaissance, sorti en décembre 1969, regorge de joyaux classico-folk-pop, baroques et romantiques, mais jamais mièvres : à l’image du magnifique morceau d’ouverture, « Kings and queens », alternant passages de piano classique et parties chantées parfois quasi-incantatoires, ou encore de l’enchanteur « Wanderer » et de son inoubliable intro au clavecin. Précurseur, ce Renaissance-là enregistra en 1970 un second album, « Illusion », quasiment aussi réussi, avant de se disperser : au fil des départs successifs de ses membres fondateurs, Renaissance vit en effet son line-up entièrement renouvelé jusqu’à la parution en 1972 du troisième album, ironiquement baptisé « Prologue ». Sous la houlette du compositeur Michael Dunford et de la chanteuse à la voix de diamant Annie Haslam, ce second Renaissance enfila les perles classico-folk sur un mode davantage symphonique (l’essentiel « Turn of the cards » de 1974) jusqu’à connaître un certain succès au cœur des seventies, particulièrement aux Etats-Unis. Quant au Renaissance originel, il devait se reformer sous le nom de… Illusion, en 1977, mais sans Keith Relf, mort électrocuté le 14 mai 1976 en accordant sa guitare. Fidèle à ses bonnes habitudes, Esoteric a soigné le travail, les deux rééditions bénéficiant chacune d’un livret conséquent revenant sur l’histoire du groupe, tandis que les disques eux-mêmes sont prolongés par une poignée d’inédits (pour le premier, les deux titres du single « Islands », pour le second deux morceaux enregistrés en 1970 pour un film qui ne sortit jamais, ainsi qu’un titre démo enregistré par Keith Relf peu avant sa mort). Que ceux qui ne connaîtraient pas encore ce pionnier méconnu mais majeur ne passent pas à côté de ces deux belles renaissances…

Frédéric Delâge