Robert Wyatt – Solar flares burn for you

Robert Wyatt - Solar flares burn for you

Les prémices de ce qui allait devenir Rock Bottom étaient déjà dans la tête de Wyatt.

L’année 2003 restera décidément faste pour les fans de Robert Wyatt puisque, dans la foulée de la parution de « Cuckooland », alors excellent petit dernier du grand bonhomme, voilà que le label américain Cuneiform offrait ces prolongations sous la forme d’archives en grande partie inédites. Seuls les quatre premiers des treize morceaux proposés étaient en effet déjà parus sous le titre « The Peel Sessions » : les versions nues, belles jusqu’au sublime, de « Alifib » et « Sea Song » -deux merveilles du chef d’oeuvre Rock Bottom- ainsi que « Soup Song » et la reprise de Neil Diamond « I’m a believer ».

Cuneiform a donc eu le bon goût d’augmenter considérablement le plaisir en adjoignant à ces enregistrements de septembre 1974 d’autres documents jusque là réduits au silence et représentant différentes époques. D’abord, le titre qui donne son nom au disque : enregistré en 1973, cet instrumental minimalo-surréaliste (où Wyatt utilise pour la première fois le fameux orgue jouet Riviera qu’on entendra plus tard sur Rock Bottom) est ici accompagné du petit film non moins expérimental pour lequel il avait été conçu, étrange succession de paysages urbains et champêtres réalisée par Arthur Johns (l’auteur des effets spéciaux des deux « Superman » !). Une bonne partie du disque propose ensuite d’autres sessions BBC, plus anciennes encore que les déjà connues et déjà citées. Cette fois, on se retrouve le 5 décembre 1972. Matching Mole est déjà mort mais Wyatt pense alors à remonter le groupe avec le musicien qui l’accompagne sur les quatre morceaux ici présents, Francis Monkman, ex-claviériste du groupe progressif Curved Air. Le projet ne se concrétisera jamais mais ces documents -où figure notamment une version du fameux « God Song » de la machine molle- permettent de comprendre que bien avant l’accident qui, en juin 1973, le cloua à vie sur un fauteuil roulant, les prémices de ce qui allait devenir Rock Bottom étaient déjà dans la tête de Wyatt. Enfin, comme ne se glorifier que du passé n’est pas exactement le genre de la maison, ce CD propose trois morceaux beaucoup plus récents : deux enregistrés pendant l’hiver dernier avec l’ex-complice de Soft Machine Hugh Hopper et un dernier pour la route, « The Verb », capté début 2003 et qu’on retrouvera peut-être en une version plus aboutie dans le futur. Bref, des seventies à nos jours, voilà un CD d’archives que s’arracheront les fans et qui laissera les autres, honte à eux, parfaitement indifférents.

Frédéric Delâge