Thierry Payssan – Dans la maison vide

Thierry Payssan - Dans la maison vide

Une poignée de joyaux mélodiques emprunts d’une mélancolie paradoxalement enjouée.

On a déjà eu l’occasion de l’écrire mais l’adage se vérifiant une fois encore, autant le répéter : depuis le référentiel « Sarabandes » de 1990, les jumeaux Payssan ne semblent jamais aussi inspirés que lorsqu’ils font un pas de côté, un peu en marge de l’ordinaire de leur groupe Minimum Vital. Ce fut il y a dix ans la très prolifique (qualitativement, du moins) expérience de Vital Duo (« Ex tempore », album bien nommé) puis, en 2005, l’excellentissime disque solo du guitariste Jean-Luc Payssan (« Pierrots et Arlequins »), sans oublier le long titre composé pour le projet « Odyssey » en 2006 –« Etranger en sa demeure », vingt minutes d’un très grand Minimum Vital.

C’est désormais au tour de Thierry de s’essayer à l’aventure en solitaire (vraiment en solitaire, puisqu’il assume la totalité de l’instrumentation et de la production). Et elle-aussi se révèle une franche réussite. Si l’univers de Minimum Vital, entre héritage prog et musique baroque et médiévale, rôde en embuscade au détour d’un ou deux morceaux, « Dans la maison vide » s’en démarque toutefois pour l’essentiel. La trace toujours profonde des souvenirs d’enfance, nostalgique, mélancolique, mais finalement positive car encore présente,  cette trace patinée et couleur sépia mais qui résiste aux brumes du temps  : tel est le concept qui a nourri l’inspiration de Thierry Payssan. Si quelques touches de synthé et de percussions apportent une variété à l’ensemble, c’est le plus souvent au son d’un simple piano que le fantôme étrange du passé emplit les pièces de cette maison dont on n’est pas sûr au bout du compte qu’elle soit vraiment vide. Romantique, néo-classique, voire parfois un brin fleur bleue, cette musique-là sait varier les plaisirs par quelques digressions étonnantes (la valse fantomatique de « Cortège aux âmes »). Elle offre surtout une poignée de joyaux mélodiques (« Nocturne », « Fuite du temps »…) emprunts d’une mélancolie paradoxalement enjouée, émouvante sans être désespérément tristounette.

Evoquant parfois des musiques de films à la Michael Nyman (« Le leçon de piano ») ou Yann Tiersen, « Dans la maison vide » façonne finalement une bande-son où la nostalgie sait se faire malicieuse, comme si elle se jouait du temps qui passe avec l’agilité espiègle d’un garnement. Le lutin claviériste de Minimum Vital a eu bien raison de nous faire partager ses songes.

Frédéric Delâge