Tori Amos – Abnormally attracted to sin

Tori Amos-abnormally attracted to sin

Il y a sur ce nouveau disque-fleuve de 75 minutes de vrais pics. Mais pas de réelles crevasses.

A peine deux ans après l’excellentissime American Doll Posse, revoilà déjà Tori Amos, cette fois en habits de pêcheresse. Mais avec toujours la même inspiration de haute voltige. Depuis quelque temps, il est pourtant de bon ton de reprocher à l’Américaine une relative perte de vitesse. Tori Amos ne surprendrait plus, sa musique serait devenue lisse, loin des audaces de sa période From the choirgirl hotel (1998) / To Venus and back (1999). On peut comprendre ces réserves, au point qu’on y souscrivait partiellement en 2005, à l’époque du trop consensuel et vaguement mollasson The Beekeeper. Seulement, il faudrait être sourd, ou armé d’une mauvaise foi en acier, pour nier l’immense valeur intrinsèque de ces 17 nouveaux pêchés capitaux réunis sous la sulfureuse bannière Abnormally attracted to sin.

Certes, Tori Amos n’étonne ou ne déroute plus vraiment, sans doute parce que ses albums fondateurs appartiennent (définitivement ?) aux années 90. Seulement, l’essentiel est toujours là, et bien là : l’incroyable sens mélodique, cette intelligence toujours incroyablement inspirée, à la fois sauvage et subtile, sensuelle et sensible, cette présence toute personnelle qui reste l’apanage des artistes majeurs. Et qui transpire ici, encore une fois, sur la totalité des morceaux d’un disque où la pêcheresse sait faire vibrer toutes les cordes de son arc, et nous par la même occasion : un trip-hop noir et étrange (l’immense « Give » qui ouvre l’album, « Flavor »), des merveilles de rengaines pop (« Welcome to England », « Fast horse »), des mélopées sombres et inquiétantes (« Abnormally attracted to sin », « Lady in blue »), des mélodies à la fois limpides et tarabiscotées d’où jaillit une ténébreuse magie (l’extraordinaire « Curtain call »), des titres inclassables ou plus légers, d’un intimisme presque « cabaret » à des accents de symphonisme rock… Il y a sur ce nouveau disque-fleuve de 75 minutes de vrais pics. Mais pas de réelles crevasses. Les invitations aux pêchés de Tori Amos se savourent sur la longueur, dans tous les sens du terme: avec cette géniale rouquine-là, plus c’est long, plus c’est bon…

Frédéric Delâge