CONCERT DE STEVEN WILSON AU TRIANON (Paris, 8 mars 2013)

Steven Wilson au Trianon (Paris, 8 mars 2013) Photo : Serge Llorente

Steven Wilson l’avait admis dans l’après-midi : il n’était pas même au courant que ce 8 mars marquait la journée de la femme… Il faut dire que le public du Trianon, au sein duquel trône au premier balcon l’ami Christian Décamps (et fils), est à 80% composé de mélomanes mâles, comme une preuve supplémentaire qu’on est bien au cœur d’un authentique concert de rock progressif… Intro attendue, mais ô combien ébouriffante, « Luminol », déjà joué sur la précédente tournée en avant-première de l’album à venir, impose d’emblée le souffle épique d’un rare modernisme seventies, maîtrisant avec la même dextérité la forme (la virtuosité d’un vrai groupe) que le fond (la cohérence et la profondeur des compositions). Lorsque SW & band enchaîne avec « Drive home », on pense un instant qu’il va nous servir sur un plateau l’intégralité du nouvel album, du «Luminol » d’ouverture au morceau-titre final. Mais non, si aucun titre du Corbeau 2013 ne sera ce soir-là oublié, la set-list s’échappe régulièrement du côté des deux premiers albums solo, alternant intelligemment les morceaux plus concis (« Postcard », « Deform to form a star », « Insurgentes »…) et les longues fresques (y compris le ténébreux « Raider II », juste amputé de son decrescendo final).

Le fameux rideau entre public et scène, qui marquait la première demi-heure des concerts de 2012, tombe cette fois provisoirement au beau milieu du set, projetant un kaléidoscope d’horloges dont les aiguilles folles s’accélèrent comme s’emballe  la fuite du temps. Mais ce n’est pas « Time flies » qui suit, mais bien « The watchmaker », avec cette extraordinaire partie centrale hypnotique, limpide et sautillante, où la musique de Wilson et de son groupe, bien que contant de sinistres histoires de fantôme, n’a jamais semblé si radieuse, reflétant une lumière, une lumière étrange et mystérieuse, vaguement inquiétante, mais une lumière…

Pieds nus caressant les vibrations de la scène, longs cheveux lisses d’ados quadragénaire balayant l’air et son visage, l’enfant sauvage Steven Wilson resplendit, et l’émotion se fait poignante, lorsque s’illumine l’intimisme gothique du titre « The raven that refused to sing », actionnant inévitablement, au-delà de la splendide animation qui lui sert d’illustration vidéo, les serrements de cœur des disparitions ou séparations douloureuses. Le rappel enfonce le clou. Surprise, Wilson se permet de revenir au répertoire de Porcupine Tree, pour un retour d’autant plus légitime qu’il date de l’époque où il incarnait le groupe à lui seul : « Radioactive Toy », final parfait d’un concert sans cesse sur le fil ténu d’un singulier équilibre entre diabolique cohérence et générosité nue, orfèvrerie instrumentale et émotion simplement pénétrante…

Frédéric Delâge

 

Chronique de The Raven that refused to sing

Photos du concert du Trianon (Serge Llorente)