North Atlantic Oscillation- The Third Day

North Atlantic Oscillation- The Third Day

Entre pop electro, post-rock et sophistication progressive, les deux premiers albums de North Atlantic Oscillation, Grappling Hooks en 2010 puis Fog Electric deux ans plus tard, avaient dévoilé une belle identité, de celles qui savent réconcilier modernité et imagination. On guettait donc avec intérêt la sortie du troisième épisode des aventures de ce trio d’Edimbourg emmené par le chanteur Sam Healy. Or, non seulement The Third Day ne déçoit pas mais il parvient à mêler le parfum désormais typique de NAO, ces effluves simultanément aériennes, glacées et mélodieuses, à une réjouissante part de renouvellement. Moins acidulées que par le passé – le côté Beach Boys moderne s’est donc un peu estompé-, les mélodies n’en conservent pas moins leur légèreté de bulles de savon, incarnée par le chant monocorde-hypnotique de Healy. Mais elles se frottent aussi à des saisissantes ruptures, de cordes atmosphériques (« The Great Plains ») en air de flûte virevoltant s’insinuant au coeur d’une rengaine electro plutôt dansante (« August »). The Third Day réserve surtout de savoureuses trouvailles : l’instrumental faussement easy-listening « Penrose », façon Orchestral Manœuvres in The Joy, ou encore l’étrangeté spatiale de « A Nice Little Place », sorte de réincarnation contemporaine de « How Dare I Be So Beautiful ? » (mais oui, le passage  de « Supper’s Ready »). Le splendide « Wires », peut-être le sommet du disque, combine une rythmique voluptueuse à la Radiohead et un thème chanté lancinant quand la douceur répétitive qui clôt « Pines Of Eden » évoque le meilleur Mogwai. Entre nuages vaporeux, electro pétillante et boîte à musique cristalline, l’univers de North Atlantic Oscillation séduit, enveloppe, berce et surprend, tour à tour éthéré et tonifiant. Et The Third Day confirme l’immense talent d’un des plus précieux specimens de la génération dite post-progressive.

Frédéric Delâge

North Atlantic Oscillation – Grappling hooks

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Le saviez-vous, bande de rockers incultes ? L’oscillation nord-atlantique, c’est le nom qu’on donne à l’indice mesurant la différence de pression atmosphérique entre la dépression islandaise et l’anticyclone des Açores. En gros, il s’agit d’une histoire de chaud et de froid, de saisissants contrastes : voilà qui sied parfaitement à la musique que pratique North Atlantic Oscillation.

Ce LP inaugural, déjà salué outre manche par les louanges aussi mérités qu’enthousiastes de la presse spécialisée, appartient à cette race plutôt peu répandue des premiers albums à la fois originaux, maîtrisés, passionnants, imprimant d’emblée la marque d’un groupe porteur certes d’un héritage pluriel mais surtout d’une identité, d’un charme et d’une séduction qui n’appartient qu’à lui. Imaginez un kaléïdoscope étonnant où tournoient une sorte de Pink Floyd du XXIe siècle, aérien et inventif, des choeurs à la Brian Wilson, des mélodies accrocheuses sans être aguicheuses, l’intelligence sophistiquée -pas trop mais juste ce qu’il faut- d’une électro pop ultra-moderne… De Tortoise à Tangerine Dream, de Chick Corea aux Flaming Lips, de Steve Reich à Blur, la diversité des infuences revendiquées par les Ecossais Sam Healy et Ben Martin, les deux principaux responsables de NAO, en dit suffisamment long sur leur hauteur d’inspiration et leur ouverture d’esprit. L’écoute de ce Grappling Hooks révèle qu’au-delà de ses bonnes intentions, cette oscillation de l’Atlantique nord a surtout la belle faculté de tisser une musique hypnotique, à la fois sensuelle et cérébrale, sensible et percutante, pleine de contrastes, de surprises et pourtant fluide. Et qui sait atteindre de vrais sommets comme sur les 7 minutes du magnifique « Ritual », l’un des titres phare d’un album par ailleurs sans aucune faute de goût ni remplissage. Courtisé par bon nombre de labels, le groupe a finalement choisi Kscope et y prend donc place aux côtés de No Man, Anekdoten ou Anathema, dans une collection de talents majuscules qui mériteraient une bien plus large reconnaissance. Mais pour North Atlantic Oscillation, l’aventure ne fait que commencer. Et le premier chapitre est si passionnant qu’il semble réellement riche de promesses…

Frédéric Delâge