Spleen Arcana- The Light Beyond The Shades

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Julien Gaullier, grand manitou de Spleen Arcana, s’était déjà fait remarquer en 2009 par un premier album, The Field Where She Died, porteur de belles promesses instrumentales. Les cinq années nécessaires à la maturation de ce deuxième épisode ont clairement fait mûrir un univers qui a troqué ses atours metalo-atmosphériques pour des couleurs beaucoup plus vintage lorgnant clairement sur la démesure estampillée seventies des grands noms du progressif. Une montée celtique puis des percussions évoquant irrésistiblement le Mike Oldfield de Ommadawn ou Incantations, introduisent « Erin Shores », premier chapitre d’une trilogie de morceaux à rallonge, où les claviers et la guitare, simultanément aérienne et acérée, de Julien Gaullier se taillent évidemment la part du lion. Seul défaut vraiment notable, et récurrent puisque déjà présent sur l’album précédent : la faiblesse manifeste des parties vocales, le chant de notre frenchy étant loin de valoir ses compétences désormais avérées d’instrumentiste et de producteur. Mais si ces passages vocaux s’invitent comme autant de chutes d’intensité, ils ne suffisent heureusement pas à plomber un ensemble nettement plus convaincant quand il s’aventure –et c’est souvent le cas- en terres purement instrumentales. Et The Light Beyond The Shades devient dès lors savoureux pour qui goûte la puissance alambiquée d’un progressif fiévreux et sans complexes, évoquant certes Oldfield mais aussi, par ses aspects plus durs mais non moins audacieux, le Yes de Relayer. De la frénésie qui s’empare à son milieu de « Fading Away » jusqu’aux joutes instrumentales de « Momento Mori », la suite finale de 24 minutes, Spleen Arcana réserve ainsi de sacrés moments, emplis tour à tour d’acidité psychédélique, d’électricité furieuse et de thèmes majestueux, parsemés aussi de grains de folie plus veloutés et jazzy, voire funky, le tout étant magistralement servi par un son à la fois clair, puissant et tout en rondeurs. Bref, de quoi regretter encore davantage l’aspect très perfectible des parties vocales. Car pour le reste, dans la classe option vintage de l’école progressive, Spleen Arcana s’impose parmi les plus doués des élèves français.

Frédéric Delâge

Spleen Arcana – The field where she died

Spleen Arcana- The field where she died

Entre metal et musique progressive, il est des Frenchmen qui tracent discrètement leur route. En 2008, la révélation Demians avait consacré bien au-delà de nos frontières le talent  et la maîtrise étonnamment précoce de son mentor Nicolas Chapel. Dans un style relativement proche, bien que moins mature pour l’instant, déboule en 2009 Julien Gaullier, multi-instrumentiste autodidacte aux influences multiples, de Led Zeppelin aux grands noms de la progressive. Revendiquant son identité d’humble artisan, le musicien de 28 ans a mis il y a quelques mois sur le net en téléchargement gratuit (www.spleenarcana.com) son premier essai, dont la magnifique pochette un rien gothique devrait à elle seule inciter ceux qui seront séduits par sa musique à acquérir le véritable album. Les amateurs de démonstrations instrumentalo-métalliques au kilomètre pourront passer leur chemin : si cet univers-là puise donc son inspiration essentiellement du côté du metal et du rock progressif, il a le bon goût de préférer le fond à la forme, exprimant une mélancolie atmosphérique, une sorte d’impressionnisme sombre et contemplatif, qui peut parfois évoquer Anathema. Le principal défaut dans la cuirasse vient incontestablement du chant, un peu traînant et parfois un rien agaçant. Mais si Julien Gaullier n’est pas un chanteur très convaincant , il est en revanche déjà un compositeur et un instrumentiste qui font beaucoup mieux que tenir la route . Ce premier essai, certes imparfait, recèle ainsi de belles promesses, en particulier son ultime morceau, l’excellent « A kind of heaven »,  qui déploie ses dix minutes jusqu’à un final inattendu en forme de clin d’œil, volontaire ou pas, au Mike Oldfield de Ommadawn. Pour peu que Spleen Arcana parvienne à résoudre (ou à contourner) cet aspect vocal trop faiblard, on est prêt à parier qu’un bel avenir lui appartient.

Frédéric Delâge